Sur la devanture du Conseil Révolutionnaire il y’a écrit que nous aspirons à une société juste, sociale et démocratique.
Juste combat me direz vous, et j’acquiescerai, car l’idéal de liberté, d’autonomie et d’égalité m’est cher à moi aussi. Anarchistes, Communistes, Socialistes, Républicains anticapitalistes, Libertaires etc… nous sommes ce qu’il est communément appelé « progressistes » ou encore « modernistes », beaucoup d’entre nous ne saisissent pas les portées philosophiques de nos idées dans l’Histoire de l’humanité ... Mais au fait ? D’où cela vient il ? Comment sont arrivé ces idées dans nos têtes et celles de nos aïeux ? Car qui apprend l’histoire politique et la philosophie, sait que les idées n’apparaissent point au hasard, n’importe où sur le globe, à n’importe quelle époque. En effet chaque idée, chaque philosophie nait dans un contexte, elle a elle-même été engendrée par une autre, et peut elle-même permettre aux êtres humains de concevoir d’autres idées qui ne seront au fond que la perpétuation de celle-ci, car nulle idée ne nait par l’action de l’Esprit-Saint (quoique...mais laissons cela de côté, nous y reviendrons dans quelques lignes).
Il y’a 2500 ans, en Grèce comme en Inde, en Chine et dans le reste du monde, toute société était « pré-moderne », c'est-à-dire que les gens vivaient dans une cosmologie (comprendre cosmos), l’individu n’existe pas en tant que tel, la liberté individuelle n’existe pas, l’homme se doit d’obéir et de chercher « l’ordre naturel des choses (l’ordre parfait, les lois naturelles qui régissent le cosmos) » , je m’explique : à Athènes comme à Luoyang, chaque être humain se doit de vivre selon l’idée que son statut lui impose, l’esclave passera sa vie entière à se conformer à l’image qu’il a de l’esclave parfait, tandis que la femme se doit (par exemple) de faire des enfants, car c’est la sa nature, sa fonction, le pourquoi de son être, elle doit respecter l’ordre établi dans le cosmos. Chaque action dans le monde réel qui est écartée du modèle que fournit l’ordre du cosmos, est considéré comme une violence (comprenez un esclave qui se rebelle, un citoyen romain ou un noble qui travaille de ses mains) ce qui entraine des cataclysmes (naturels) et une dégradation de tous sur la Terre, car la nature/le Cosmos est vivant, il possède une âme, il est une entité.
La Philosophie des Anciens grecs (Stoïcisme, Socratisme, Aristotélicianisme, etc…) est un pur exemple de ce qu’est la pré-modernité : Socrate préfère mourir, condamné à mort, que de sauver sa vie en n’obéissant pas à la loi et à la justice, car ne pas vivre conformément à l’idée parfaite du citoyen athénien (qui existerait quelque part dans le cosmos) ce serait commettre une violence envers le cosmos, et rendre le réel un peu plus laid/mauvais/injuste/faux (tandis que se conformer à l’ordre naturel du cosmos rend le réel plus beau, plus vrai, plus juste etc… ceci ressemble à la pensée du mauvais penseur qu’est Pangloss dans Candide de Voltaire).
Dans une société pré-moderne, tout est transcendant à l’Homme. La vie humaine n’est pas grand-chose. Une société pré-moderne considère que l’ordre idéal auquel elle tente de se rapprocher est parfait, immuable, immortel, éternel. L’idée d’égalité entre ses membres serait vécue comme une injustice et une offense au divin/cosmos, l’idée de liberté et de choix n’existe pas non plus, car chacun doit vivre selon ce qu’il est, il doit tendre envers les modèles que constituent l’image de « père », « homme », « citoyen libre de la cité X », « membre de la famille X », « fils ».
La société de castes en Inde, ou le Confucianisme (et même le Bouddhisme) illustrent également cela, « tu ne peux ni ne dois échapper à ton destin ». L’idée de progrès n’existe pas, la société pré-moderniste se doit d’être la même hier, aujourd’hui et demain.
Chez toutes ces religions et philosophies qui se trouvaient sur la planète, toutes considéraient que le Divin était lui-même soumis aux règles de la nature/cosmos (voir que la nature est elle-même le divin) qu’elles étaient antérieures à l’existence même du Divin …toutes ? Non !
A Jérusalem, la spiritualité juive va permettre à l’humanité de prendre un chemin complètement différent. En effet, dans la religion juive, Dieu a créé les lois de la nature, il est le créateur des cieux et de la terre, le « grand horloger », ce n’est pas le Divin qui est soumis au cosmos, c’est la nature qui est soumise à Dieu, il est donc habilité à modifier ces lois comme bon lui semble (DONC, L’ORDRE NATUREL PEUT EVOLUER) -> Et c’est là que ce produit le « miracle ».
Si l’ordre naturel peut évoluer, cela signifie que la société peut évoluer, n’est pas immobile, qu’il n’ya pas d’ordre naturel stable. Couplé à l’égalité des hommes après la mort (contrairement aux autres religions, où par exemple le pharaon connait dans l’au-delà un sort différent que celui des mortels) qui deviendra la base de la passion d’égalité entre tous les hommes ici bas, et à l’universalisme chrétien et à l’amour du prochain (« il existe un Dieu, unique, pour tous les hommes, pour tous les temps, et qui nous aime »), nous avons là le socle de ce qui est la pensée dite « moderne », et qui deviendra la pensée progressiste.
Evidemment, les actes de la civilisation occidentale ne se sont pas conformés sans difficulté à cette conception du monde ; encore aujourd’hui la façon de penser de type pré-moderne survit pour une part au fond de nous, mais elle n’a plus le dessus. Car à part Nietzsche, l’écrasante majorité de nos penseurs et philosophes (de Marx à Freud, de St Augustin à Diderot) sont les héritiers de la spiritualité judéo-chrétienne, quoi qu’en soient-leur foi personnelle. Nous pouvons considérer que dans la civilisation occidentale, qui a hérité à la fois de l’héritage gréco-romain (et barbare), et du judéo-christianisme, ces deux héritages se sont combattus et ce dernier à fini par prendre le dessus (d’où aujourd’hui le triomphe de l’universalisme, du goût pour la liberté individuelle et l’égalité dans nos sociétés).
Je réponds d’avance à l’objection « la religion, et le catholicisme en particulier a toujours été l’ennemi des Lumières, de la pensée progressive, a souvent soutenu les pouvoirs forts, et encouragé l’imposition d’un ordre moral et la censure » : Oui, les religions sont opposés à la modernité (voir la bulle papale « rerum novarum »), mais lorsque je parle de judéo-christianisme je l’oppose au catholicisme païen, je m’explique : En Occident, il y’a depuis 321 ap JC, deux types de christianisme coexistent ; l’un qui est celui des origines, celui des persécutés, celui des « purs », proches de ses racines juives, qui a toujours cherché à séparer l’Eglise de l’Etat; l’autre qui est né de l’imposition forcée du christianisme aux populations de l’empire romain, par la violence et les amalgames « bon, vous continuez à adorer votre bidule là, mais vous l’appellerez plus Sol Invictus ou Wotan, mais Dieu, et votre déesse là, bien elle s’appelle Marie maintenant ok ? Sinon on garde la fête du solstice, mais on appellera çà Noël » ; le catholicisme païen a dominé démographiquement, devenant la religion d’Etat, la religion populaire, pleine de superstitions ; l’autre a survécu à l’ombre des monastères, lieux de médiation, de recueillement, mais également de savoir (moines copistes).
L’imprimerie a changé la donne, permettant à beaucoup de connaitre les textes bibliques, d’accéder au savoir, aux valeurs judéo-chrétienne, d’égalité et de liberté, ce qui a lancé le courant intellectuel humaniste, relayé par la réforme (les jansénistes dans une moindre mesure) qui permettront à leur tour les lumières.
Mais cette philosophie judéo-chrétienne qu’est le progressisme va connaitre une mutation très importante pour devenir celle que nous connaissons : Elle va se laïciser, cela peut être attribué au fait que ses « croyants » étaient des gens qui étaient catholiques et protestants, elle revendique alors une part minime de l’héritage grecque celui du rationalisme.
Le progressisme, une fois laïcisé est une force sans précédent pour combattre la religion catholique païenne, « l’infâme ». C’est une véritable religion laïque qui voit le jour, avec les débuts de l’agnosticisme et de l’athéisme, qui n’auraient été possible dans une autre région du monde, sous une autre civilisation ; apparait des valeurs morales areligieuses, qui ne sont qu’en fait que celles du cheminement judéo-chrétien : l’universalisme, l’amour du prochain, l’égalité entre tous les hommes et ainsi de suite. La révolution française, malgré sa violence ; l’instauration de la démocratie en Angleterre, puis en France, sont les fruits de tout ce cheminement intellectuel dont les bases sont inchangées depuis Moisé et Jésus Christ.
Naitra le marxisme, qui est une forme de surenchère du message chrétien : ce que Jésus promettait dans l’au-delà, Marx le promet ici bas. L’anarchisme est également un dérivé de la spiritualité chrétienne, tandis que le Nazisme est une tentative désespérée de contrecarrer ce qui apparait comme l’inéluctable triomphe de la spiritualité juive et chrétienne, à travers ses deux formes politiques de l’époque qui au fond aspirent aux mêmes valeurs : La démocratie socialiste (malgré la dérive marxiste), la démocratie libérale (malgré la dérive capitaliste).
Nous revoilà aujourd’hui, 2000 ans après; les bases de la pensée judéo-chrétienne ont empêché notre civilisation gréco-latine de tourner en rond, et à lui a permise d’être devenue ce qu’elle est, pour le meilleur et pour le pire, si elle n’est pas meilleure dans les actes que les autres, au moins en a-t-elle conscience, car elle seule semble concrètement capable de faire son « mea culpa », elle en est au point où elle culpabilise sur son passé, elle juge ses actes, au regard laïcisé des lois de la Bible; Beaucoup d’occidentaux, préférant fuir cette responsabilité, nient même l’existence de l’Occident, se rêvent citoyens du monde, sans identité ou récipient de toutes les identités, ce qui au fond revient au même, mais ils oublient que se penser « citoyen du monde », transcender son identité, s’imaginer maitre de son destin, c’est justement une façon de penser conforme à la métapsychologie d’un occidental, héritier de 2000 ans de judéo-christianisme, laïcisé ou non. Ne demandez jamais à un arabo-musulman de faire pénitence sur la traite négrière de ses ancêtres, de faire son autocritique sur la conquête arabe, ni à un japonais de condamner les massacres de chinois pendant la guerre, car ce n’est pas inscrit dans leur culture respective, peu influencés par l’entreprise de colonisation.
Cette passion pour la liberté, l’égalité, l’individu en est elle à sa fin? N’était ce qu’une aparté dans l’Histoire de l’Humanité?
Nous sommes en droit de le penser: Ses valeurs, son essence, met justement la conception progressiste du monde en danger. A trop clamer que nous sommes libres, que l’autre est mon égal, que je lui dois respect, s’ouvrir à lui d’où qu’il vienne, que nous devons accepter le changement, (puisqu’il n’ya pas d’ordre naturel, tout se vaut, et tout peut être modifié) choses positives, que nous jugeons toutes bonnes, nous nous mettons en danger; Car le tiers-monde vient vers nous, non pas assoiffé d’idéal d ‘amour du prochain ou par la possibilité se d’affranchir de son groupe, de son identité, de sa religion, lui, il vient tel qu’il est avec sa crasse ignorance, ses superstitions, sa natalité, sa violence tribale et communautaire, sa difficulté à s’imaginer simple individu affranchi de l’ordre de la famille, de la tribu, du clan, de l’Ouma. Il n’est au fond pas intéressé par l’égalité à l’intérieur de son monde à lui, (parlez avec un maghrébin , lui qui est outré que l’on n’autorise pas les minarets en Suisse, trouve déjà trop complaisant que les églises soient interdites en Algérie) parce que tout simplement il trouve impossible que l’on mette un signe égalité entre lui et vous lorsque cela se fait à son détriment.
Nous raisonnons en hommes libres, nous affranchissant de l’identité des gens, considérant qu’ils sont avant tout des individus, mais ce n’est pas le cas. Il n’ont aucune bonne raison pour assimiler notre façon de penser, car celle-ci n’est pas à leurs yeux meilleure que celle qu’ils ont déjà dans la tête. Nos difficultés pour nous comprendre, à grande échelle, sont un danger pour nos sociétés, et pour l’idée même d’un progrès dans le monde.
Ils viennent par myriades, se reproduisent pour devenir toujours plus nombreux, notre conception du monde nous empêche de les traiter en ennemi, voir même en étranger.
Vous trouvez mes propos aberrants ? Honteux? C’est une bonne chose, cela signifie que vous êtes très occidentalisés, très progressistes justement. Au fond, vous et moi appartenons au même monde à la même conception de pensée, il y‘a encore 2 ans j‘aurais trouvé également honteux ce que je viens d‘écrire, je ne l‘aurais même pas lu en entier. Sauf qu‘aujourd‘hui, j’ai compris que nous sommes placés devant un grand dilemme.
J’ignore si la survie, en contredisant ses principes vaut mieux que la mort en les respectant. Je suis partagé, peut être sommes nous allés trop loin? La pensée progressiste s’est peut être déconnectée de la réalité, trop enthousiasmé par son propre entrain, et sa jeunesse…